C'est officiel, ou presque. Orange, Bouygues Telecom et Free ont signé samedi soir le rachat de SFR à Patrick Drahi pour 20,35 milliards d'euros. L'opérateur au carré rouge et ses 25 millions de clients sont appelés à disparaître, découpés entre les trois acheteurs. La France repasserait ainsi de quatre à trois opérateurs, avec un vrai risque pour vos forfaits.
Un accord à 20 milliards arraché au bout du suspense
Les télécoms français adorent le suspense, et ce feuilleton ne fait pas exception. Après des mois de négociations et une ultime frayeur vendredi soir, quand le consortium s'est donné 48 heures de plus pour finaliser, l'accord est tombé le samedi 6 juin. Orange, Bouygues Telecom et Iliad, la maison mère de Free, rachètent donc SFR pour 20,35 milliards d'euros, avec un bonus possible de 650 millions pour Drahi selon l'état de l'opérateur à la clôture. Celle-ci n'est pas attendue avant le second semestre 2027. SFR, c'est quand même le numéro deux du marché, 25 millions de clients et environ 8000 salariés. Le voir démantelé d'un coup, c'est du jamais-vu en Europe.
Qui récupère quoi dans le découpage
Le partage est déjà ficelé. Bouygues Telecom prend la plus grosse part, 42% du prix, et met la main sur SFR Business, la branche entreprises, plus près de six millions de clients grand public. Free hérite des six millions d'abonnés de la marque low-cost RED et d'un peu plus d'un million de clients classiques, pour 31% de l'addition. Orange, déjà dominant, doit se contenter du reste, soit 27% et environ 4,9 millions de clients. Les fréquences mobiles, elles, seront réparties entre les trois. Découper en trois un opérateur de cette ampleur est une première en Europe, et le chiffre d'affaires en jeu, 8 milliards d'euros en 2025, file pour plus de la moitié dans l'escarcelle de Bouygues. Sur le papier, chacun y trouve son compte, et les opérateurs promettent des économies d'échelle qui doperont leurs investissements.
Deux gros nuages, la concurrence et l'emploi
Rien n'est joué, loin de là. L'opération doit encore passer devant les autorités de la concurrence, à Paris ou à Bruxelles, qui peuvent prendre jusqu'à dix-huit mois et n'ont aucune obligation de dire oui. Petit détail en passant, Orange et Bouygues déposeront leur dossier à Paris quand Iliad doit passer par Bruxelles, et plusieurs acteurs espèrent voir l'examen rapatrié côté français, jugé plus accommodant. Et leur principale inquiétude vous concerne directement. Passer de quatre à trois opérateurs, c'est tuer une partie de la guerre des prix lancée par Free en 2012, celle-là même qui a fait fondre nos factures depuis plus de dix ans. Moins de concurrence, ça rime rarement avec forfaits moins chers. L'autre inquiétude est sociale. Les syndicats redoutent jusqu'à 7000 ou 8000 suppressions de postes. Drahi n'en est d'ailleurs pas à sa première coupe, lui qui a déjà rayé 5000 postes en 2016 puis 1700 en 2021. Les acheteurs s'engagent à garder les salariés repris jusqu'à début 2029, mais l'inquiétude est immense.
On en dit quoi ?
Difficile de ne pas être fasciné devant ce moment d'histoire des télécoms français, mais on serait bien naïfs de s'en réjouir trop vite. La concurrence à quatre, c'est exactement ce qui a tiré les prix vers le bas pendant plus de dix ans, et la voir se réduire à trois, ça sent le retour de bâton sur la facture. Reste l'inconnue des autorités, qui pourraient très bien retoquer l'affaire ou la conditionner sévèrement. Sans oublier les milliers de salariés qui vivent déjà ça comme un deuil annoncé. Bref, un séisme à 20 milliards dont on ne mesurera vraiment l'onde de choc que dans deux ou trois ans.